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Le contre-temps en 5 points

En musique comme dans la vie, un contre-temps est souvent synonyme de soucis. Souvent il donne des sueurs froides juste à l’évocation de son nom. Mal aimé, jugé galère à jouer, il souffre. Le contre-temps est toujours à l’écart des autres. Jamais à temps, il se sent laissé de côté.

Mais aujourd’hui c’est fini ! Aidons ce pauvre rythme abandonné à retrouver sa place. Voyons ensemble, en cinq points comment réussir à tous les coups les contre-temps.

Suivez-moi.

Image par Pezibear de Pixabay

Le contre-temps : kézako ?

Avant de chercher à faire quelque chose, il est parfois utile de prendre quelques minutes pour le comprendre. Qu’est-ce qu’un contre temps ?

Si l’on regarde de manière pragmatique, le contre-temps sera un rythme qui ne tombe pas sur le temps, joué en dehors de la pulsation. Facile ? À comprendre oui, à réaliser moins.

En effet, il n’est pas naturel d’aller à contre courant. Il n’y a qu’à écouter les applaudissements lors d’un concert. Il n’y a aucun mal à passer d’un fouilli total à un clap bien organisé pour demander un bis.Vous n’êtes pas convaincus ? Quand vous marchez avec une personne, vous allez naturellement synchroniser vos pas. Et oui, on aime faire comme les autres.

Alors que le contre-temps demande justement d’être décalé par rapport au temps. Comme un jeune à l’adolescence, il cherche sa place. À nous de lui donner.

Le contre-temps : décomposons.

Des contre-temps vous en jouez (très) souvent. Si, si, je vous l’assure. Vous ne vous en rendez pas compte mais vous le faites assez facilement. Vous voulez que je vous montre ?

Et oui, le fa et le ré sont joués en contre temps dans cet exemple. Pourtant rien de perturbant ici. Alors que d’un coup, si je vous l’écris ainsi, cela paraîtra plus difficile.

Pourquoi ? Comme souvent, le silence fait peur et on veut combler les trous. Mais non, laissez la voix au silence. La musique n’est rien sans lui. Alors pas de panique, décomposons.

Au début du travail, vous pouvez jouer votre partition en pensant à la croche. Vous battrez donc la pulsation deux fois plus vite. Enfin, peut-être pas tout de suite, prenez votre temps.

Premièrement, cela vous permettra de réussir plus facilement, et c’est déjà beaucoup.

Ensuite, cela vous permettra d’avoir l’enchaînement rythmique en tête. Vous connaissez le morceau, les rythmes les uns par rapport aux autres. Quand vous serez à l’aise, remettez votre métronome au bon tempo. Au début ça sera un peu perturbant, mais si vous avez suffisamment travaillé en décomposé, ça devrait venir assez vite. Sinon, retournez à la croche, vous avez juste besoin d’un peu plus de temps.

Le contre-temps : complétez-le

Comme nous l’avons vu juste au dessus, ce n’est pas le contre-temps qui est difficile à jouer, mais le silence qui le précède. Alors si ce vide vous donne le vertige, remplissez-le mentalement. Bien-sûr, hors de question de l’enlever. Le silence est d’or. Mais vous pouvez tout à fait imaginer que ce contre-temps n’est que la deuxième note de deux croches. Pour cela, doubler la dans votre tête, comme ceci :

Il faut alors penser la première note et ne jouer que la deuxième. J’utilise cette technique plus pour le ternaire. Quand je vois cela :

Ma tête lit :

Les deux premières croches restent silencieuses, trop timides pour se montrer, et laissent s’exprimer la petite dernière.

Le contre-temps : visualisez-le

Si vous me lisez régulièrement, vous avez dû vous rendre compte de l’importance du visuel pour moi. Des couleurs dans les partitions, des comparaisons imagées, … Il est montré que l’utilisation simultanée de plusieurs de nos sens nous aide à comprendre, apprendre et réaliser les choses.

L’ouïe nous l’avons. Du moins j’espère pour vous, vu qu’on parle de musique. L’odeur, le goût et le toucher seront difficiles à mettre en place. Alors il nous reste la vue.

Quand je me suis renseignée auprès d’autres musiciens pour connaître leur technique, je me suis rendue compte qu’on utilisait sensiblement la même, en deux versions.

Pour voir le contre-temps, regardez votre pied. Oui, votre pied. Lorsque vous battez la pulsation du pied, vous êtes régulier, alors le contre-temps sera quand votre pied “tape” en haut. Imaginez-le dans une boite, ou mettez une clochette qui cognerait une fois en haut. Tout ce qui peut vous aider est bon à prendre.

Aussi, vous pouvez utiliser une balle rebondissante. Lâchez-la. Lorsqu’elle touche le sol vous avez le temps, quand elle revient dans votre main le contre-temps.

Bien-sûr pour le binaire c’est top, mais pour le ternaire ? Oui, décomposer en trois est plus difficile. Alors comme on ne peut compter que sur nous même, sortons nos doigts ! Plus précisément, prenons le pouce, l’index et le majeur.

Lors de votre travail de lecture (et oui, on a rien sans rien), vous allez battre votre pulsation avec les doigts. Le pouce marque le temps car il fait un son légèrement différent. La deuxième et la troisième partie du temps seront faites par les autres doigts.

Voyez plutôt avec l’exemple qui suit :

Le contre-temps : maintenant à vous de jouer

Voilà, vous avez toutes les clefs pour vous lancer ! Oui, c’est plus facile à dire qu’à faire. Alors quelques conseils de dernière minute.

1. Tapez du pied. Je me souviens la première fois que j’ai dû jouer toute une partie en contre-temps. Je commençais la classe d’orchestre, j’avais 10 ans (ça ne me rajeunit pas tout ça !) et j’étais toute seule dans ma voix. Heureusement j’avais un super chef d’orchestre. Il m’a donné ce conseil tout simple : tape du pied. Pourquoi ? Comme nous l’avons vu précédemment, nous cherchons naturellement à nous caler sur les autres. C’est pour ça qu’on se décale quand nous devons jouer en contre-temps. Le fait de battre du pied vous permet de vous ancrer dans votre partie. Focalisez vous dessus s’il le faut et oubliez le reste de l’orchestre ou l’accompagnement.

2. Notez les temps. Encore une fois c’est très simple et très visuel. Le fait de noter les temps vous permet de savoir où vous en êtes. C’est un repère et une impulsion.

3. Ne respirez pas trop. Respirez quand même ! Je ne voudrais pas que vous fassiez un malaise ! Mais j’ai souvent vu des personnes cherchant à respirer à chaque soupir. Alors quand il y en a un par-ci par-là pourquoi pas, mais quand vous avez 10 mesures avec des contre-temps, bienvenue l’hyperventilation. Aussi vous allez perdre du temps et vous décalez.

4. Sentez-le. Bougez, sentez-vous rebondir à l’intérieur. Voyez votre balle rebondissante  sur votre pupitre, la clochette au dessus de votre pied. Vivez ce silence comme un plaisir et pas un manque. Il est là, profitez de lui, n’ayez pas peur.

Vous l’avez compris, il faut redonner au contre-temps la place qui est la sienne. Ne le voyez plus comme un ennemi, un obstacle insurmontable. Voyez-le, avec le pied, une balle, comme vous le voulez. Quand vous marchez, tapez-le à la vitesse de vos pas. Prenez le temps de l’amadouer avant de le jouer. Il est important de bien se connaitre avant de passer à l’acte, prenez votre temps pour le découvrir, le lire et le décomposer.

Mais surtout, partagez avec nous toutes vos astuces pour mieux jouer en contre-temps dans l’espace commentaire !

Musicalement

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